Résistance

Un roadtrip historique dans les pas du camarade Jean

D’après la vie de Pierre-Yves lesage.

édition spéciale
l’Humanité
organe central du parti communiste
Mercredi 07 Mai 2003
Pierre-Yves Lesage : Portrait
Pierre-Yves Lesage est décédé le 1er mai. Militant communiste et résistant, il était né en 1917 à Tarbes (Hautes-Pyrénées). Entré en apprentissage en 1930 comme mouleur-fondeur, il obtint le diplôme de « meilleur ouvrier de France ». Il adhéra aux Jeunesses communistes et au PCF en 1933 et devint rapidement Secrétaire régional des Jeunesses communistes. Il prit une part active au mouvement de grève de 1936, participa à la mobilisation pour l’Espagne républicaine. Il vécut l’offensive allemande du 10 mai 1940 sous l’uniforme et prit part aux combats de la Meuse. Fait prisonnier le 17 juin au camp de Longvic, près de Dijon, il s’évada fin août à la veille d’être transféré en Allemagne.
En 1940, il entra en contact avec le PC clandestin qui le chargea de reconstituer les Jeunesses communistes. Il participa à la formation, à Tarbes, en octobre 1942, du premier groupe de ville des FTPF (francs-tireurs et partisans). En août 1943, il rejoignit le maquis de Nay (Basses-Pyrénées) et participa à l’attaque de la gendarmerie locale. Plus tard, il fut envoyé à Lyon pour être affecté à l’équipe spéciale centrale de l’état-major interrégional FTP de la zone Sud. Après l’arrestation de la plupart des membres de l’état-major par Klaus Barbie et la Gestapo, Pierre Lesage, dit « Jean », fut chargé d’organiser les rescapés de la rafle et de les mettre à l’abri dans un maquis de la vallée de l’Azergues. Le 12 juillet 1944, une mission à Lyon s’acheva par son arrestation par la Gestapo et son emprisonnement au quartier général de la Milice où œuvrait Paul Touvier. Pendant trente-six jours il endura les pires souffrances morales et physiques.
Évadé le 17 août, il fut incorporé à la 301e compagnie FTPF à Saint-Étienne et fit partie du premier détachement qui entra à Lyon à l’aube du 3 septembre. Revenu à Tarbes, il exerça quelque temps des responsabilités à la direction du PCF, mais sa santé, affaiblie par les souffrances et les privations, ne lui permit pas de poursuivre son activité militante. Lesage partit pour Marseille puis Lyon où il exerça diverses activités professionnelles. En 62, il était embauché aux chantiers navals de Saint-Raphaël. Il devint délégué du personnel, secrétaire de la section communiste, se présenta à plusieurs élections. En 1969, il partit avec sa famille à Kourou (Guyane) où il travailla à la base spatiale, puis exerça d’autres métiers en Guadeloupe puis dans le Puy-de-Dôme avant de prendre sa retraite en 1978.
Il s’installa finalement à Trans-en-Provence (Var) et fut vice-président du secteur de Draguignan de l’ANACR et membre de l’Amicale des vétérans du PCF. La fédération du Rhône de l’ANACR le cita comme témoin à charge lors du procès de Klaus Barbie, à Lyon, en 1987 et le procureur général en fit un témoin de l’accusation au procès de Paul Touvier, à Versailles, en 1994.

Tarbes (Hautes-Pyrénées)

Nord et lORRAINE

Toulouse

Arudy (basses-pyrénées), fonderie messier

FORËT DE NAY ET LIEU-dit pernacaute

lourdes et bagnères-de-bigorre

lyon

maquis de l’azergues

rue st-hélène etat-major

st-etienne

alpes, vers grenoble

marseille

lorraine
1939

Mobilisé au 17e Train à Toulouse puis au 2e Hussards de Tarbes, il part le 28 août 1939 pour le front du Nord et de Lorraine avec le 71e GRDI. Six mois de « drôle de guerre » dans la neige, à jouer à la belote pendant que de l’autre côté les allemands s’arment et se préparent à l’offensive qui a lieu le 10 mai 40.
« On s’est battus pendant un mois et demi et on a été faits prisonniers le 17 juin 40. Amenés à pieds par les Allemands à Dijon, on a été internés au camp de Longvic. 40.000 prisonniers, privés d’eau et de nourriture durant des semaines… ».
« Il ne fallait pas être devin pour prédire que des événements graves allaient bouleverser la vie de chacun. Des heures exaltantes du Front populaire à la déclaration de guerre du 3 septembre 39, en passant par l’agression du fascisme international contre la République espagnole, tout concourait à penser qu’une catastrophe se préparait. Et pourtant, dès la défaite de 1940, s’ouvraient des perspectives encore plus éprouvantes. Même tragique, la période que nous venions de connaître n’était rien à côté de ce qui nous attendait…».
Avec difficulté, il réussit à convaincre un camarade de tenter une évasion. Au cours d’une « corvée », ils se cachent dans les broussailles et après trois jours de marche, fin août 40, à la veille du transfert en Allemagne, ils réussissent à traverser « la ligne de démarcation ».
« Il fallait examiner les lieux. Se repérer. Faire le point. Non loin, sans un bosquet, une fumée s’élevait au dessus d’un toit. Nous entendions distinctement les rumeurs d’une ferme à l’heure de l’éveil. Je proposai d’aller nous informer. Nous n’avions pas fait une centaine de pas, qu’une voix féminine nous héla : « Vous êtes en France ! Venez ! »

Sur les traces de son grand-père…

Jour(s)

:

Heure(s)

:

Minute(s)

:

Seconde(s)

Récits par Pierre-Yves. Mis à l’écrit par Les Petits Buvards. Mis en lumière par Lumière Rouge Studio.